“Pendant ces 18 premiers mois, nous n’avons pas réussi à répondre à ce principe de justice et d’égalité devant l’impôt inscrit dans la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789”, estime Sébastien Nadot, élu de Haute-Garonne.

 

PARIS (Reuters) – Les élus de la majorité, déstabilisés par la crise hors norme des “Gilets jaunes”, affichent leur solidarité avec l’exécutif mais sont de plus en plus nombreux à réclamer des mesures d’urgence, comme un moratoire fiscal, pour sortir de l’ornière. Les élus de la majorité, déstabilisés par la crise hors norme des « Gilets jaunes », affichent leur solidarité avec l’exécutif mais sont de plus en plus nombreux à réclamer des mesures d’urgence, comme un moratoire fiscal, pour sortir de l’ornière. La ligne officielle, portée par le nouveau délégué général de La République en Marche Stanislas Guerini et le chef de file des députés LaRem Gilles Le Gendre, reste celle d’un maintien du cap réformiste mais les appels au dialogue et à l’accompagnement social de la transition écologique se font plus insistants depuis l’éruption de violences du 1er décembre en France.

La concertation décentralisée de trois mois lancée jeudi dernier par le Premier ministre Edouard Philippe servira de cadre à l’émergence de solutions, estiment une majorité de députés, alors que d’autres soulignent l’urgence. “La réponse en urgence, ce n’est pas n’importe quoi, ce n’est pas céder à la passion, à l’emballement. Nous devons trouver les vraies solutions”, a déclaré lundi Gilles Le Gendre sur France 2. “Le cadre a été très bien fixé, c’est la concertation qui a été engagée par le Premier ministre”, a-t-il précisé, ajoutant que les députés LaRem, loin de fuir le terrain, s’investiraient activement dans les consultations.

Edouard Philippe, qui recevait lundi les représentants de la majorité dans le cadre de ses consultations politiques, se rendra mardi à la réunion du groupe LaRem à l’Assemblée, où l’inflexibilité du Premier ministre suscite en coulisses critiques et interrogations. “Il n’y a pas une feuille de cigarette entre le président de la République, le Premier ministre et notre majorité”, a assuré Gilles Le Gendre, élu de Paris.

“BLAST POLITIQUE”

Le député de Gironde Florent Boudié – qui réclamait vendredi “une réponse très vive et très forte, sans quoi la situation pourrait se dégrader” – s’inquiète d’une dilution des débats. Dans Le Monde, notamment, il réclame “un blast politique, social et peut-être même institutionnel. “La réponse ne peut pas se borner à être placée sur le plan de la sécurité publique.” “La question n’est plus seulement celle de la fiscalité écologique, mais plus largement celle de la relation entre nos concitoyens et leurs représentants. Il y a des pistes à travailler, notamment dans le cadre de la révision constitutionnelle”, dit-il.

Dans un tweet publié dimanche matin, Emilie Cariou, élue de La Meuse et vice-présidente de la commission des Finances, laissait transparaître son irritation: “Les députés LREM ont fait remonter les alertes et propositions, il faut que le Premier Ministre les écoute. Il y a urgence à ouvrir le dialogue et donner des solutions immédiates.” Au nombre des solutions immédiates, une suspension de la hausse de la taxe sur les carburants prévue au 1er janvier prochain est jugée la plus pertinente, au moins le temps des trois mois de concertation, mais pas suffisante.

L’élu parisien Sylvain Maillard a également évoqué un coup de pouce au smic, écarté par Edouard Philippe. Le député de l’Hérault Patrick Vignal explique à Reuters souhaiter que le gouvernement “fasse évaluer par des économistes si on peut faire un geste sur le smic, si la réforme de l’ISF favorise ou pas l’investissement.” Il défend aussi l’idée d’une progressivité de la CSG en faveur des retraités les plus modestes.

MEA CULPA

En pointe depuis des semaines dans le groupe pour demander une approche progressive de la transition écologique, l’élu du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin a rappelé à Reuters sa proposition d’une “prime mobilité travail” accordée selon les ressources, qui pourrait être étendue aux retraités, notamment. Le gel de la taxe carbone figure aussi au nombre des hypothèses privilégiées par bon nombre d’élus.

De Pau (Pyrénées-Atlantiques), où il a reçu des manifestants, le président du Mouvement démocrate François Bayrou a plaidé pour un “moratoire”. “Qu’on prenne le temps de réfléchir et pendant le temps où on réfléchit, qu’on n’ait pas de nouvelle augmentation”, a-t-il dit au micro de BFM TV. Le député de Paris Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée, n’y est pas favorable. “Je ne suis pas complètement sûr que ça atténue aujourd’hui la colère ou la grogne”, a-t-il dit lundi sur Public Sénat.

“Il faut maintenir le cap, mais on peut moduler le tempo, moduler le rythme”, a-t-il avancé. Il suggère des “Etats généraux pour la cohésion sociale”. Un député de la majorité s’inquiète d’un branle-bas finalement stérile. “Il y a des propositions multiples et variées de la part de députés LaRem, si nombreuses qu’il est difficile d’y voir clair”. Un sentiment d’urgence qui masque un début de mea culpa. “On a été trop dans l’idée de faire bien et vite”, déclare à Reuters Bruno Questel, député de l’Eure.

“Faire de la politique, c’est avoir de la souplesse, oser dire que l’on s’est trompé”, complète Patrick Vignal. “Il faut essayer d’inventer un nouveau modèle sinon on va au chaos. Essayons de négocier, ça ne veut pas dire abdiquer.”  “Pendant ces 18 premiers mois, nous n’avons pas réussi à répondre à ce principe de justice et d’égalité devant l’impôt inscrit dans la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789”, estime Sébastien Nadot, élu de Haute-Garonne.

Sophie Louet et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

Source : site web Reuters

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