Moyen-Orient – crise profonde, humanitaire et politique à Gaza. Intervention de la représentante permanente de la France auprès des Nations unies – Conseil de sécurité (New York, 20 juin 2019) :

Merci Monsieur le Président,

Je remercie le Coordinateur spécial, Nikolay Mladenov, pour son exposé comme toujours très précis et éclairant, et pour son rapport trimestriel sur la mise en œuvre de la résolution 2334.

1. Nous sommes extrêmement préoccupés par la dégradation de la situation sécuritaire à Gaza. Les affrontements survenus la semaine dernière soulignent à nouveau la fragilité de la trêve. Après l’embrasement de début mai, alors que Gaza reste dans une situation critique, nous devons tout faire pour prévenir une escalade susceptible de dégénérer en un nouveau conflit. Nous appelons donc les parties à la plus grande retenue. Je tiens à cet égard à saluer de nouveau les efforts de désescalade de l’Égypte et du Coordinateur spécial.

Monsieur le Président,

Ces développements interviennent dans un contexte de crise profonde, humanitaire et politique à Gaza. La situation humanitaire y est désastreuse. Dans ce contexte, je réitère le plein soutien de la France à l’action de l’UNRWA et la France appelle tous les contributeurs à maintenir cette année notre niveau d’engagement financier à l’occasion de la conférence des donateurs de l’organisation qui se tiendra le 25 juin. Pour sa part, la France a déjà annoncé le doublement de sa contribution à l’UNRWA en 2019. A termes, il n’y aura pas de solution à Gaza sans une levée du blocus assortie de garanties de sécurité crédibles pour Israël.

Monsieur le Président,

Sur le plan politique, l’unité palestinienne est plus importante que jamais. Il y a donc urgence à relancer le processus de réconciliation inter-palestinien.

Nous le savons, il n’y aura pas de stabilité durable à Gaza sans solution politique qui passe par le retour complet de l’Autorité palestinienne. Enfin, l’avenir de Gaza ne peut être séparé de l’objectif de l’établissement de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Il n’aura pas d’État palestinien sans Gaza et pas de solution politique durable dans la région sans État palestinien.

2. Ceci m’amène à revenir sur l’aggravation de la politique de colonisation en Cisjordanie, qui sape les fondements et la viabilité de la solution des deux Etats. Depuis le début de l’année, plus de 4 500 nouvelles unités de logement ont fait l’objet de décisions d’approbation en Cisjordanie. La France est également préoccupée par la publication par les autorités israéliennes le 30 mai d’appels d’offres pour des constructions dans des colonies à Jérusalem-Est, dont plus de 800 unités de logements. Avec plus de 600 000 colons, dont 200 000 à Jérusalem, nous sommes proches du point de non-retour. Les différentes initiatives, visant à appliquer le droit israélien en Cisjordanie, contribuent à un mouvement d’annexion de fait. Nous prenons ces évolutions d’autant plus au sérieux qu’elles ont été doublées de déclarations préoccupantes sur l’annexion de tout ou partie des territoires occupés. Je tiens à cet égard à rappeler que, conformément au droit international et aux résoluti ons de ce Conseil, à commencer par la résolution 242, la France ne reconnait aucune souveraineté israélienne sur l’ensemble des territoires occupés, et conformément à la Charte des Nations unies, nous jugeons illégale l’acquisition de territoires par la force que ce soit à Jérusalem, en Cisjordanie ou sur le plateau du Golan.

Si cette évolution devait se poursuivre, elle marquerait pour les Palestiniens l’abandon de leurs aspirations nationales qui passent par l’établissement d’un État ; et pour les Israéliens, la renonciation au caractère démocratique de l’État d’Israël. Par ailleurs, il est impératif de mettre fin aux discours de haine et d’incitation à la violence dont le Coordinateur spécial vient de rappeler qu’ils persistent et que la France condamne.

Monsieur le Président,

3. Dans ce contexte, il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer les paramètres agréés par la communauté internationale de la solution des deux États.

En l’absence de tout horizon politique, la tentation peut exister de s’affranchir de ce cadre agréé, fondé sur le droit international et sur les résolutions de ce Conseil, et d’y substituer des décisions unilatérales, tentation dont chacun doit bien mesurer les dangers.

Monsieur le Président,

Nous avons pris note de la tenue, les 25 et 26 juin à Manama, d’un atelier économique, à l’initiative des États-Unis et du Bahreïn. Nous l’avons dit, la France se tient prête à soutenir tout effort, y compris économique, dès lors qu’il s’inscrit dans la perspective que nous avons défini ensemble : l’établissement d’un État palestinien viable et indépendant, véritable condition du décollage économique de la Palestine et, au-delà, de la construction d’une économie régionale plus forte et plus intégrée. Mais la «paix économique» ne saurait se substituer à la recherche d’un véritable règlement politique, fondée sur la solution des deux États et sur l’ensemble des paramètres internationaux agréés, eux-mêmes ancrés dans le droit international et les résolutions de ce Conseil.

Toute tentative de s’écarter de ces paramètres, définis collectivement, serait condamnée à l’échec : il n’existe pas d’autre alternative viable ou réaliste. La solution à ce conflit est avant tout de nature politique.

La France, qui est l’amie des Israéliens comme des Palestiniens, n’a qu’un seul objectif : la mise en œuvre, par la négociation, de la solution des deux États et d’une paix juste et durable sur la base des paramètres agréés par la communauté internationale. C’est sur cette base que nous évaluerons les initiatives qui pourront être prises


Sébastien Nadot

Député de Haute-Garonne 

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