Deux éléments récents de procédure parlementaire sont à mettre en relief qui situent bien la situation dans laquelle nous sommes. Le premier collectif, le second relatif à mon expérience parlementaire :

D’un côté : Vote samedi à 6h du matin (après une nuit entière de débats) de la Privatisation d’Aéroports de Paris, La Française des jeux et ENGIE. Richard Ferrand aurait dû logiquement demander un vote solennel sur un tel sujet et sur tant de milliards d’euros… Mais non. Pas besoin que les représentants de la nation représentent quand les enjeux sont si importants ! Ces votes solennels ont lieu à 17h le mardi après explications de vote de chaque groupe politique et il y a en moyenne plus de 450 députés qui vote sur 577. À 6h du matin, 43 votants !!! Moins de 10% de votants : le niveau zéro de la démocratie.

De l’autre : je dépose un amendement qui consiste à apporter provisoirement aux déserts médicaux une réponse à la hauteur de l’urgence et demande donc que la puissance publique ait un droit de regard sur l’installation des nouveaux médecins. (Sans régulation des pouvoirs publics aucune chance de solutionner ce déficit d’accès aux soins pour des citoyennes et citoyens toujours plus éloignés des services publics et des services de santé).

Alors que le texte a commencé à être examiné et que je pars à Paris pour soutenir mon amendement dans l’hémicycle (ci-dessous), un mail m’est envoyé :
Objet: Amendement 1808 du texte n°1767 irrecevable

Votre amendement a été déclaré irrecevable par le Président de la commission des finances.

Amendement 1808 du texte n°1767 – Système de santé – a été déclaré irrecevable.

Quand il s’agit de donner les moyens à la puissance publique de jouer pleinement son rôle, ici sur les déserts médicaux, dont l’enjeu est rien de moins que celui de l’égalité dans l’accès à la santé, la procédure parlementaire trouve – par la voix de Monsieur Woerth, président de la commission des finances – l’amendement irrecevable.


IRRECEVABLE sans motiver d’ailleurs les raisons de cette irrecevabilité. Irrecevable parce que l’égalité dans l’accès au soin est elle même irrecevable ? Irrecevable parce que le serment d’Hippocrate est devenu une promesse de gascon ?

Irrecevable parce que, oui, permettre à des gens de bénéficier des soins d’un médecin où qu’ils soient sur le territoire à un coût que je considère devoir être supporté par notre société ?

Précision peut être pas indispensable, mais quand même : monsieur Woerth est mis en examen depuis mai 2018 dans l’affaire des soupçons de financement libyen illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. 


Donc, le petit député que je suis constate amèrement que l’avenir (prospère) des déserts médicaux est entre les mains de ceux qui prônent une médecine à plusieurs vitesses depuis des années et dont la probité entachée ne les empêchent pas de dire et imposer dans quelles poches ont peut prendre et à qui on peut donner.
La machine parlementaire est grippée. 

La vassalisation totale du Parlement au Gouvernement est grave. Reviens Montesquieu ! 

Le mépris par le Parlement des oppositions, comme des alternatives ou des nouvelles pratiques est affligeant. 

Les pratiques des uns et des autres qui confondent l’utilisation des deniers publics avec ce qu’ils voudraient en faire pour eux ou leur cotterie, sans égard pour l’intérêt général, est dangereux.

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