Armement français au Yémen : “Matignon ment”, dénonce le député Sébastien Nadot

Le député ex-LREM Sébastien Nadot estime, lundi sur franceinfo, que dans la guerre au Yémen, “la France est manifestement du côté des bourreaux”.

Le député Sébastien Nadot brandit une bannière à l\'Assemblée nationale, le 19 février 2019.
Le député Sébastien Nadot brandit une bannière à l’Assemblée nationale, le 19 février 2019. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

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La France “arme les bourreaux” au Yémen, dénonce, lundi 15 avril sur franceinfo, le député ex-LREM de Haute-Garonne Sébastien Nadot, après les révélations de Disclose en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Le député a été exclu du groupe LREM en décembre 2018 après avoir déposé plainte auprès de la Commission européenne pour vente d’armes illégales et déployé une banderole “La France tue au Yémen” devant l’Assemblée nationale.

franceinfo : La France est-elle au courant de ces ventes d’armes au Yémen ?

Sébastien Nadot : Absolument. La France est manifestement du côté des bourreaux et ce sont les populations civiles yéménites qui en font les frais. C’est absolument terrible. Il y a un traité sur le commerce des armes qui date de 2014 et qui dit que si l’on suppose qu’un pays peut utiliser des armes contre des populations civiles, alors on n’exporte pas d’armes et l’on ne vend pas d’armes à ce pays. Donc la France est en faute en exportant des armes vers les pays de la coalition aujourd’hui, puisqu’une enquête du groupe d’experts des Nation unies a documenté les faits. Il y a crime de guerre sur le théâtre de guerre du Yémen aujourd’hui, donc la France enfreint le droit international et c’est incroyable.

Si dans le concert des nations, qui est très troublé, la France enfreint le droit international, qui va le respecter ?

Matignon ment tout simplement. Matignon a les éléments suffisants pour savoir que potentiellement la France vend des armes qui peuvent servir contre les populations civiles. 30% des frappes de la coalition vont sur des populations civiles. Comment peut-on alors penser que des armes françaises n’ont pas depuis servi dans ce cadre ?

N’y a-t-il pas une hypocrisie à dire que l’on peut vendre des armes si l’on fait attention à qui on les vend ?

Non il n’y a pas d’hypocrisie si on effectue a posteriori un contrôle sur ce qu’un gouvernement a autorisé ou pas en matière de vente d’armes. C’est-à-dire que là, s’il y avait, a minima, un débat démocratique au Parlement qui s’établissait sur la question de continuer ou pas à vendre des armes, on aurait franchi un pas. Tous les pays occidentaux ont débattu de cette question dans leurs parlements respectifs y compris aux États-Unis où il y a même eu des votes sur cette question. Et en France ce n’est même pas abordé en termes de débat, alors en termes de contrôle vous imaginez ?

La France peut-elle se passer de la vente d’armes ?

La France doit se passer des ventes d’armes illégales. La vente d’armes c’est quelque chose qui fait partie de notre histoire, on le fait, cela peut convenir. Mais encore faut-il respecter le droit, et on a un problème manifeste : c’est l’absence de questionnement démocratique autour de cette question. À aucun moment dans la vie démocratique française, la question de la vente d’armes n’est abordée. Donc on a un problème majeur. C’est un sujet tabou et malheureusement c’est un sujet d’une extrême gravité. Au bout, ce sont des enfants, des femmes, des civils qui meurent tous les jours sous les bombes et on est complices. On arme les bourreaux à l’heure actuelle.

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