Nouvel Obs – La réac, les exclus, l’aile gauche, les grandes gueules… Les 7 familles qui divisent LREM

Qu’y a-t-il de commun entre l’anti-PMA Agnès Thill, l’écolo Mathieu Orphelin, l’ex-juppéiste Aurore Bergé et la grande gueule O’Petit ? Ils appartiennent tous à la majorité présidentielle, malgré des « sensibilités » parfois aux antipodes – qui commencent à se voir. Voici les 7 familles de La République en Marche (LREM). 

Agnès Thill, la réac

Faut-il exclure Agnès Thill ? La députée de l’Oise, farouche opposante à la PMA, n’a pas commis l’acte l’irréparable – voter contre un texte. Mais ses déclarations rétrogrades et alambiquées commencent à furieusement agacer au sein de la Macronie. La semaine dernière, après la remise du rapport de la mission parlementaire sur la bioéthique, elle a déclenché la polémique en estimant que « l’absence de genre dans le mot ‘parent’ favorise l’éclosion d’écoles coraniques ». Des mots « contraires aux engagements et aux idées » de LREM, a vite réagi le chef des députés Gilles Le Gendre. Mais pas question d’exclure Agnès Thill, a-t-il prévenu lundi matin sur France-Inter, la députée ayant « toujours sa place dans le groupe ».   

La réaction a été jugée un peu trop timide selon plusieurs députés, parmi lesquels Aurélien Taché, l’ex-ministre Stéphane Travert et Matthieu Orphelin. « Nous ne pouvons tolérer les raisonnements islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill », écrivent-ils dans une lettre à Gilles Le Gendre. D’autant plus qu’Agnès Thill en a remis une couche lundi soir, en comparant dans un entretien à « Oise Hebdo » les femmes ayant recours à la PMA à des « droguées ». Ce mardi matin, voilà que le porte-parole du gouvernement s’en mêle. « Insupportables et méprisantes paroles. […] Effectivement, ça suffit », a tweeté Benjamin Griveaux. De quoi faire céder Le Gendre ? 

Sonia Krimi et Claire O’petit, les grandes gueules

Il y a la populaire et la populiste, Sonia Krimi et Claire O’Petit. Leur point commun ? Avoir réussi à émerger dès les premiers mois du quinquennat, au milieu de la kyrielle de nouveaux députés. Krimi a d’emblée misé sur le fond. Très tôt, la député de la Manche a milité pour qu’Emmanuel Macron n’oublie pas sa jambe gauche. La jeune (36 ans) consultante de profession n’a pas oublié ses origines de fille d’ouvrier tunisien en débarquant en politique. Elle s’en prend d’abord au très décrié projet de loi asile et immigration porté par Gérard Collomb, avant de réclamer des mesures sociales à destination des plus précaires.

O’Petit, à l’inverse, a davantage misé sur la forme pour se faire connaître. Ses déclarations à l’emporte-pièce, parfaitement dans le ton des « Grandes Gueules » de RMC, ont également été remarquées à chaque étape de son sinueux parcours politique (PS, MoDem, LREM). Commerçante à la retraite, la néo-députée de l’Eure n’hésite jamais à verser dans l’outrance. Pour justifier la baisse des APL pour les étudiants, elle n’avait pas hésité à lâcher : »Ça va, Messieurs, Mesdames. Arrêtez. Si à 18 ans, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève cinq euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? »

Jean-Michel Clément, Sébastien Nadot… Les ex 

Ils ont préféré claquer la porte. L’ex-socialiste Jean-Michel Clément, 62 ans, a été le premier, à l’occasion du vote de la loi asile et immigration en avril dernier. « Abstention péché véniel, vote contre péché mortel », avait menacé Richard Ferrand. Mais le député de la Vienne, qui fut proche de Ségolène, est resté fidèle à ses convictions en votant contre une « loi inefficace et mauvaise qui ajoute de la précarité à la précarité ». Le premier à partir du groupe macroniste siège aujourd’hui au sein du groupe Libertés et Territoires en compagnie de deux autres ex-LREM, François Michel Lambert et Paul Molac. Réélus sous l’étiquette d’En Marche ! en 2017, ces deux anciens d’EELV se disaient très mal à l’aise dans la majorité et multipliaient les critiques à l’encontre du gouvernement. 

La député des Hauts-de-Seine Frédérique Dumas a, elle, attendu le mois de septembre pour quitter le navire En Marche ! Mais de quelle manière ! « On a le sentiment d’être sur le ‘Titanic' », a dénoncé la productrice dans « le Parisien ». En cause : des désaccords profonds et la mainmise, selon elle, des technocrates sur les décisions. 

Dernier exclu en date, Sébastien Nadot. Ce prof d’histoire, qui fut membre du Mouvement des progressistes, petit parti fondé par Robert Hue, a voté contre le budget 2019 en sachant ce qu’il risquait. En rompant les rangs de LREM, ce député de Haute-Garonne a dénoncé « une coquille vide idéologique » et un « exécutif tout-puissant ».

Aurélien Taché, Matthieu Orphelin… L’aile gauche

Officiellement, il ne s’agit pas d’un courant. Un terme honni du champ lexical macroniste. Il n’empêche. Depuis plusieurs mois, en plus de « l’aile sociale » emmenée par Brigitte Bourguignon, une vingtaine de députés s’organisent en coulisses pour faire pencher davantage la balance macroniste à gauche. Emmené par Aurélien TachéMatthieu OrphelinGuillaume Chiche et Hugues Renson, ce collectif communique via une boucle Whatsapp et entend désormais faire entendre sa  musique – plus sociale, plus écolo et plus proche des citoyens – dans la famille macroniste. « Nous dialoguons de plus en plus entre nous et c’est très bien comme ça », note Matthieu Orphelin, ex-EELV. D’autres parlementaires ont rejoint ce groupe : Emilie CariouPaula Forteza, etc. Autour de Gilles Le Gendre, l’état-major du groupe LREM observe ce collectif avec un brin de perplexité : »Des sensibilités s’expriment, c’est très bien. Gare toutefois à ce que ce collectif ne réactive pas ce clivage droite-gauche que nous n’avons eu de cesse de vouloir dépasser. »

Aurore Bergé, Amélie de Montchalin… L’aile droite

Officiellement, il n’y a ni aile gauche ni aile droite. Au sein du groupe LREM, la sensibilité de centre-droit se fait pourtant entendre depuis le début du quinquennat, avec quelques figures médiatiques venues des rangs juppéistes. Ces députés sont à l’aise avec un discours franchement libéral et très ferme sur le régalien. C’est le cas d’Amélie de Montchalin, diplômée d’HEC, ex-stagiaire auprès de Valérie Pécresse et ancienne coordinatrice de la commission des Finances qui avait expliqué dans « Libé » : »Nous avons fait notre boulot de député, il n’y a plus d’ISF. »

C’est le cas également de deux jeunes femmes très engagées derrière Alain Juppé au moment de la primaire de la droite : la députée des Yvelines Aurore Bergé et celle de l’Essonne Marie Guévenoux.  

Joachim Son-Forget, l’incontrôlable

On peut reconnaître une constante à Joachim Son-Forget, qui a toujours été un peu perçu comme un ovni dans la galaxie En Marche ! : depuis son élection comme député des Français de l’étranger sous l’étiquette LREM, il fait tout pour exister. En novembre 2017, il conduisait une liste dissidente à celle de Christophe Castaner, quand ce dernier briguait la tête du parti présidentiel.

Rebelote à l’automne dernier. Alors que Stanislas Guerini est l’archi-favori à la succession de « Casta » au poste de délégué général d’En Marche !, Son-Forget retente sa chance et se présente seul face au député de Paris. « Je veux avant tout participer à la vie du mouvement que j’ai vu naître », confie-t-il alors à « l’Obs ». Résultat : Son-Forget récolte un score honorable (18% des voix).

Mais c’est en décembre dernier que l’élu explose médiatiquement à la faveur d’un tweet sexiste adressé à la sénatrice EELV Esther Benbassa. Durant les fêtes, Son-Forget signera ensuite une série de tweets assez délirants. Menacé d’exclusion par Stanislas Guerini, il claque la porte du mouvement macroniste et lance son parti politique : « Je suis français et européen. » Sur les bancs de l’Hémicycle, il est désormais apparenté UDI.

Les porte-parole inconnus

Ils sont neuf et c’est à eux que Gilles Le Gendre a confié la tâche d’aller défendre la politique d’Emmanuel Macron sur les plateaux télé. Un des objectifs qui a présidé à leur nomination : mailler le territoire français. Leur point commun : excepté la jeune mais expérimentée Aurore Bergé, ils sont tous de parfaits inconnus. Le député des Côtes-d’Armor Hervé Berville  (dont on se souvient du passage raté chez Bourdin), et la députée de Paris, Olivia Grégoire, étaient déjà porte-parole sous l’ère Richard Ferrand. Les autres sont tous nouveaux à ce job : Valérie Gomez-Bassac (Var), Saïd Ahamada (Bouches-du-Rhône), Marie-Christine Verdier-Jouclas (Tarn), Jean-Baptiste Djebbari(Haute-Vienne), Didier Paris (Côte-d’Or). 

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