Par Valérie Lion, journaliste à l’Express – spécialiste du Canada

 
 
 Ça chauffe au Canada !Ne pas se fier aux d’apparences. L’hiver particulièrement rude (froid glacial et neige abondante) qui s’est abattu sur la côte est du Canada est une illusion – pas pour ceux qui l’ont vécu mais pour ceux qui observent à grande échelle le changement climatique : un rapport d’Environnement Canada publié cette semaine a en effet révélé que les températures au Canada augmentent deux fois plus vite que la moyenne mondiale. En clair, le climat a déjà changé au Canada, et les inondations, incendies ou autres phénomènes extrêmes observés ces dernières années en sont la manifestation évidente. En moyenne annuelle, le thermomètre a gagné 1,7°C depuis 1948 (contre +0,8° en moyenne dans le monde).Voilà une bien mauvaise nouvelle alors que le gouvernement libéral, en place depuis 2015, n’a cessé d’affirmer sa volonté de faire passer le Canada dans le camp des bons élèves en matière d’environnement. Cette même semaine, la commissaire fédérale à l’environnement a dénoncé avec vigueur l’inaction des gouvernements fédéraux depuis des décennies. Dans son collimateur, l’incapacité d’Ottawa à stopper des subventions « inefficaces » aux combustibles fossiles, qui retardent la transition vers des énergies vertes.Résultat: l’objectif de réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre du pays par rapport à leur niveau de 2005 d’ici à 2030 paraît de plus en plus difficile à atteindre. Et les engagements d’Ottawa, pris à la Conférence de Paris en 2015, ne suffiront pas, selon les scientifiques à stopper le réchauffement subi par le pays.Pourtant, le Premier ministre a multiplié les déclarations en faveur de l’environnement. Mais comme ses prédécesseurs, il est pris en étau entre les bonnes intentions et les impératifs économiques. Les ressources naturelles, notamment le pétrole, à travers les sables bitumineux de l’Alberta, représentent une part importante des revenus et de la croissance du pays. Justin Trudeau a ainsi décidé de nationaliser l’oléoduc Transmountain, pour en augmenter la capacité et acheminer plus de pétrole vers la côte pacifique. Au grand dam de la Colombie-Britannique qui défend une politique en faveur des énergies renouvelables.Le gouvernement fédéral a toutefois marqué un point auprès des écologistes en instaurant le 1er avril une taxe carbone nationale. Celle-ci s’impose – non sans mal – aux quatre provinces qui n’ont pas encore de système propre : Ontario, Manitoba, Nouveau-Brunswick et Saskatchewan. Le Nunavut et le Yukon devraient s’y soumettre le 1er juillet. La taxe s’applique aux particuliers sur une dizaine d’énergies fossiles (essence, charbon, mazout, etc.). De quoi susciter la grogne des ménages et des gouvernements provinciaux. Et offrir sur un plateau un sujet -chaud- pour la prochaine campagne électorale.
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